jeudi 6 février 2014




D.R.
 
 
Quelque chose de ton regard
 se tait
 Les étoiles que tu vois 
où sont-elles?
 
  
J'avance sauf
moi et mon œil à tâtons
ils ont dit sauf
mon œil et moi
 
 
Les étoiles au fond  sont-elles 
où tu les vois
 sauf à l’œil droit
 Tu n'es que là
 
 
Petit galet de plage
 je tourne et tourne seul
au creux du sauf comme si
seul au monde
 
 
Le monde sauf
 tout un monde là dans 
ce creux doux et rond 
comme un bébé 
 
 
Sauf un il faudrait nous 
donner un nom sauf
et sain ni de corps ni 
 l'esprit gris bleu rétif 
 
 
à faire avancer juste 
 
SAUF par erreur ou omission
 
 

Katrine Dupérou

mercredi 5 février 2014



 
le Typographe, Bruxelles


L'image littéraire est un explosif. 
Elle fait soudain éclater les phrases toutes faites, elle brise les proverbes 
qui roulent d'âge en âge, 
elle nous fait entendre les substantifs après leur explosion, 
quand ils ont quitté la géhenne de leur racine, 
quand ils ont franchi la porte des ténèbres, 
quand ils ont transmué la matière. 
Bref, l'image littéraire met les mots en mouvement, 
elle les rend à leur fonction d'imagination. »  


Gaston Bachelard, L'air et les songes, éd. José Corti



mardi 4 février 2014


Sur le pont transbordeur, Nantes 1954


Plus je regarde 

les photos 

plus elles s'effacent

avec la lumière


samedi 1 février 2014


Le Vestiaire, Roubaix




J’ai perdu ma mère au fond d’une tasse de thé. C’était un 28 décembre. Les enfants étaient couchés. Le plus petit dormait sans doute. A l’abri des scuds de sa grand-mère. Lové entre son doudou singe polychrome et les derniers échos de Duerme Negrito. Petite chanson pour éloigner la peur. Catch the dream lullaby pendant que les enfants dorment. Ils étaient là-haut dans leurs chambres. J’avais laissé la lumière allumée dans le couloir. 
La nuit était restée en bas. Entre ma mère et moi.  




J’ai noyé ma mère et ses chimères dans une tasse de tie kuan yin. Pas vue pas prise. Déprise de son emprise. Je l’ai laissée voguer le nez au-dessus de la fumée. Juste elle et moi. L’une en face de l’autre. Elle a attendu décembre pour venir me donner son dernier baiser. Un mot empoisonné. 
Juste un goût de fer dans la bouche.




J’ai retrouvé ma mère autour d’une tasse de thé. C’était au mois de janvier. Il paraît que déconstruire n’est pas détruire. Un à un je tire sur les fils qui relient mes poignets. Un goût de fer remonte de la gorge jusqu’aux marches du palais. Sur la langue le sang séché sur le fil tiré. Un bout de lin bordeaux lie-de-vin.  Comme celui avec lequel  mères et grands-mères indiennes tissent des toiles magiques pour les enfants. Cerceaux d’osier tendons de chevreaux lianes et cordages piquetés de fleurs séchées de perles ficelle coquillages rubis soie grenat étoiles d’argent tombées du ciel pour filtrer les mauvais rêves 
jusqu’au lever du jour.




De mes doigts plus blancs que neige filer fuseau jour nuit jusqu’à en oublier de dormir de manger de respirer. Compter juste un deux trois muñeca jusqu’aux dix doigts du ciel repeint rouge opéra. Fermer ouvrir fermer les yeux. Poupée de soi Katchina a perdu sa voix lactée dans une tasse de thé fumé.  Catch the dream lullaby. Les cauchemars ont été recrachés 
avec leur noyau.



Katrine Dupérou

vendredi 31 janvier 2014


rue Saint-Honoré, Paris



écrire s’écrire t'écrire nous écrire je m’écris nous 
nous écrivons comme nous nous avançons 
comme nous avançons pas à pas petits pas 
entrechats de 3 à 8 jusqu'à 10 fermer les yeux ouvrir les yeux 
un autre ciel nous avons commencer un puis 
deux écrire s’écrire t'écrire nous écrire 
je m’écrie nous nous écrivons comme 
nous nous avançons 
un léger déboité je t'écris sur un pied pour arriver 
sur deux nous 
aimer en nous écrivant j’écris avec mes doigts 
avec ma bouche avec en pied mon cœur 
avec mes mains et mes deux yeux
partir de la cinquième position ou de la troisième 
effectuer un dégagé  
en avant de côté ou en arrière 
peu importe et puis sauter 
partis d'un pied pour arriver sur deux 
pour traverser le pont c'est plus 
commode affirmer sans répéter 
recommencer  sortir de la réserve explorer les plaines
retrouver le ciel et ses couleurs nous avancer 
sans trop partir de la troisième ou 
de la cinquième position peu importe 
juste le saut pour que nos deux jambes se rejoignent
à la verticale avec le rose 
aux joues au bord 
des yeux nos lèvres


Katrine Dupérou 

mardi 28 janvier 2014


Picasso, in Corps perdu d'Aimé Césaire, 1950



Je ne connais rien au monde

qui ait autant de pouvoir qu'un

mot. Parfois j'en écris un, et je

le regarde, jusqu'à ce qu'il 

commence à resplendir.


Emily Dickinson