mercredi 8 janvier 2014


 
Notre-Dame-de-la-treille, Lille



 Ils sont épatants, eux, chacun
Se joignant à un voisin comme si parler
  Était une représentation silencieuse.
S'arrangeant par hasard

Pour se rencontrer ce matin aussi loin
Du monde que nous sommes en accord
Avec lui, toi et moi
Nous sommes soudain ce que les arbres essayent

De nous dire ce que nous sommes
Qu'il leur suffit d'être là
Pour signifier quelque chose ; que bientôt
Nous pourrons toucher, aimer, expliquer.

Et contents de n'avoir pas inventé
Tant de grâce, nous sommes cernés
Un silence déjà rempli de bruits,
Une toile sur quoi émerge

Un chœur de sourires, un matin d'hiver.
Placés dans une déroutante lumière, et mobiles,
Nos jours revêtent une telle réserve
Que ces accents paraissent se défendre d'eux-mêmes.


John Ashbery, Quelques arbres, in Quelqu'un que vous avez déjà vu, P.O.L

lundi 6 janvier 2014

Donibane Lohitzun





Haute résolution 

Je nous souhaite de faire trace 

Légère et déterminée tracer la route lignes de vie 

Courbes et fonction haute résolution traces 

Rafraîchies Je nous souhaite les couleurs 

 

 Lavées à la lumière du jour 

Haute résolution toucher au plus près 

Paysages lucides et grands je nous souhaite

 Des kilomètres de vie sable mémorial 

Rose poussière d'anis étoilé mordant à la lisère

 

 Je nous souhaite les étreintes soyeuses les fleurs 

Embrasser haute résolution les regards confiants

Les transgressions heureuses  dénouant fil à fil les 

Antiennes Une à une chacune de nos peurs

Haute résolution je nous souhaite D'ouvrir de créer 

 

D'inventer Nos chemins nos langues nos identités 

Je nous souhaite Tisser croiser 

 Nous mélanger à la chaleur du jour 

Avancer aimer au présent à l'envie

Réchauffer les villes les enfants les paysages

 

Avant de disparaître souhaitons nous

Laissons nous le temps d'apparaître

Révélons haute résolution 

Les angles plus vivants que morts

Faisons chambre d'échos

 

Laissons ouverts bras bouches chemins cœur 

Fenêtres arbres regards inventons 

Les possibles haute résolution

Soyons clairs

l'horizon



Katrine Dupérou











mercredi 1 janvier 2014

Parc Barbieux, Roubaix



Chaque matin, à me réveiller encore sous la voûte céleste, je sens que c’est pour moi la nouvelle année. 
C’est pourquoi je hais ces nouvel an à échéance fixe qui font de la vie et de l’esprit humain une entreprise commerciale avec ses entrées et sorties en bonne et due forme, son bilan et son budget pour l’exercice à venir. 

Ils font perdre le sens de la continuité de la vie et de l’esprit. 
On finit par croire sérieusement que d’une année à l’autre existe une solution de continuité et que commence une nouvelle histoire, on fait des résolutions et l’on regrette ses erreurs etc. etc.
 ... 

 Ainsi la  date devient un obstacle, un parapet qui empêche de voir que l’histoire continue de se dérouler avec la même ligne fondamentale et inchangée, sans arrêts brusques, comme lorsque au cinéma la pellicule se déchire et laisse place à un intervalle de lumière éblouissante.

Voilà pourquoi je déteste le nouvel an. 

Je veux que chaque matin soit pour moi une année nouvelle. Chaque jour je veux faire les comptes avec moi-même, et me renouveler chaque jour. 

Aucun jour prévu pour le repos. 

Les pauses je les choisis moi-même, quand je me sens ivre de vie intense et que je veux faire un plongeon dans l’animalité pour en retirer une vigueur nouvelle. 
Pas de ronds-de-cuir spirituels. Chaque heure de ma vie je la voudrais neuve, fût-ce en la rattachant à celles déjà parcourues. 


Antonio Gramsci

mardi 31 décembre 2013




Árbol de Navidad

Ils vivent chez nous depuis Noël,
Limpides, candides,
Ovales en leur âme animale,
Ils occupent la moitié de l'espace,
Mouvants, se
frottent contre la soie

D'invisibles courants d'air,
Poussent un cri et éclatent
Quand on les attaque, paf, se mettent au repos.
Tête de chat jaune et poisson bleu -
Nous vivons avec de drôles de lunes

ça vaut mieux que des meubles morts!
Des murs blancs, des paillassons
Et ces globes de légèreté,
Voyageurs, rouges et verts
Qui ravissent

Le cœur comme des bons vœux, des paons
En liberté dont une plume
Forgée dans le métal céleste
Bénit notre vieille terre.
Ton petit frère

Fait couiner
Son ballon comme un chat.
Est-ce parce qu'il voit
De l'autre côté un monde rose qu'il l'amuserait de manger,
Il mord

Et se rassoit,
Cruche rebondie,
Pour contempler un monde clair comme de l'eau.
Un lambeau rouge
Serré dans son petit poing.


Sylvia Plath (in Ariel, 5 février 1963)

dimanche 29 décembre 2013

D.R.


Dans le chant de ma colère il y a un œuf,
Et dans cet œuf il y a ma mère, mon père et mes enfants,
Et dans ce tout il y a joie et tristesse mêlées, et vie.
Grosses tempêtes qui m’avez secouru,
Beau soleil qui m’as contrecarré,
Il y a haine en moi, forte et de date ancienne,
Et pour la beauté on verra plus tard.
Je ne suis, en effet, devenu dur que par lamelles ;
S’il l’on savait comme je suis restée moelleux au fond.
Je suis gong, et ouate et chant neigeux,
Je le dis et j’en suis sûr 

Henri Michaux, La Nuit remue, 1935

samedi 28 décembre 2013

Bruxelles - Lille

Tout passe

le jour la nuit les amis
le ciel les soleils l'arc-en-ciel
les toiles tendues sur la tombée du jour
les cerceaux d'osier l'enfance les violettes

tout passe ici

les polders les murs de brique
et les usines géothermiques
les cordages amarrés les chansons les gâteaux
les cauchemars et les rêves
 
devant mes yeux

les amours les manèges les cadeaux
les souvenirs et les couleurs
les endroits où la terre commence
et ceux où elle s'arrête

tout passe

les arbres les chevaux les oiseaux
les phares en bout de digue
la poussière les odeurs les images
les parfums

tout passe devant mes yeux

les asphodèles les pivoines
les myosotis le cerisier et les œillets
les bonheurs les mains les chagrins
les mots et les silences

tout passe

le ciel trempé la nuit plombée
la neige la pluie le vent
les sourires et les larmes
les feux de plage et les forêts

devant mes yeux

les ballades à vélos les rires
et les étreintes
les berceuses les câlins porcelaine 
dragées marrons glacés

tout passe 

les vallées les montagnes les herbes
douces la mer et les rivières
les centrales nucléaires
les maisons les couloirs les fantômes

devant mes yeux

le ciel le soleil l'arc-en-ciel
les nuages et les glaciers
la péninsule le figuier les nids de neige
les grains de sable d'anis et de pavot

ici tout passe 

les sentiments jetés en vrac 
dans des sacs mal fermés 
la vie la mort le mouvement
entre ciel et terre

la lumière nos paysages



Katrine Dupérou



 

vendredi 27 décembre 2013

née à Paris le 25 décembre 1911 et morte à New York le 31 mai 2010