dimanche 17 novembre 2013

Betty came by on her way
Said she had a word to say
About things today
And fallen leaves... 

Nick Drake forever





mardi 12 novembre 2013


Et tout sera simple et clair comme une
phrase qui se déroule et trouve son souffle,
simplement, effectivement, continue, sans
aller plus loin, sans partir, sans s'échapper,
se perdre ou mourir, une phrase qui se
déroule et reste, ne s'arrête pas, ne part pas
en marges, en écarts, en déroutes à gauche
ou à droite, qui reste d'une limpide carrure,
montée de mots centrés, engrenés et pleins,
sans butée, sans arrêt, ou contrepoints, sans
que d'un mot au sens un peu flou ne naisse 
un léger décollement, qui reste sur ses pieds,
marche d'un pas après l'autre, d'un pas clair,
simple et rythmé, d'une marche sûre,
retenue par des bords droits sans restes.


Christophe Tarkos, Ma langue, Al Dante/Niok

samedi 9 novembre 2013

 
"Joue le jeu. Menace le travail encore plus. Ne sois pas le personnage principal. Cherche la confrontation. Mais n’aie pas d’intention. Évite les arrière-pensées. Ne tais rien. Sois doux et fort. Sois malin, interviens et méprise la victoire. N’observe pas, n’examine pas, mais reste prêt pour les signes, vigilant. Sois ébranlable. Montre tes yeux, entraîne les autres dans ce qui est profond, prends soin de l’espace et considère chacun dans son image. Ne décide qu’enthousiasmé. Échoue avec tranquillité. Surtout aie du temps et fais des détours. Laisse-toi distraire. Mets-toi pour ainsi dire en congé. Ne néglige la voix d’aucun arbre, d’aucune eau. Entre où tu as envie et accorde-toi le soleil. Oublie ta famille, donne des forces aux inconnus, penche-toi sur les détails, pars où il n’y a personne, fous-toi du drame du destin, dédaigne le malheur, apaise le conflit de ton rire."

Peter Handke, Par les villages, traduit de l'allemand par
Georges-Arthur Goldschmidt, Gallimard

jeudi 7 novembre 2013


Rendu à la montagne, ce blanc unique. A la phrase, le
silence écrit. - Parlions-nous de la Seule blancheur,
comme d'autres de linges dispersés sur le pré?
Ainsi un jaillissement de mots premiers, sonores au petit
jour. Scintillants.
Pris dans les filets de la soif.
Accrochés aux soupentes du soir.
La brume enveloppe le village. Le troupeau touche aux
laines d'anciens paysages.
Mon poème rejoignait le chemin d'une hirondelle perdue,
Là, dans le cloître d'un été.

Gaspard Hons, Le poème de personne, Voix proches, Bruxelles


mardi 5 novembre 2013



« Je voudrais être égoutier. Dès ma plus tendre enfance, mon rêve était d’être égoutier ; en moi-même, il me semblait que ce métier était merveilleux ; je m’imaginais que l’on devait traverser toute la terre par des boyaux souterrains. En étant à la Bastille je pourrais aller au diable. Je pourrais reparaître en Chine, au Japon, chez les Arabes. J’irais encore voir les petits nains, les esprits, les lutins de la terre. Je me disais en moi-même que je ferais des voyages à travers la terre. Je m’imaginais encore que, dans ces égouts, il y avait des trésors enfouis, que j’irais faire des excursions, je creuserais la terre et un jour je reviendrais chez mes parents, chargé d’or et de pierres précieuses, je pourrais dire : Je suis riche, j’achèterai un magnifique château et des parcs.

Là, dans ces égouts, il y aurait des rencontres, un drame se déroulerait dont je serais le premier acteur : il y aurait un cachot où serait enfermée une jeune fille, j’entendrais ses plaintes et je volerais à son secours et la délivrerais des mains d’un vilain sorcier qui voulait l’épouser. Je me promènerais avec une lampe et un pic.

Enfin, pour vrai dire, je ne connaissais pas de métier plus grand et mieux que ça.
Mais lorsque je connus ce qu’était le métier d’égoutier, un travail dur, pénible et malsain, je compris que ce n’était pas un métier que je rêvais, mais alors d’un conte de Jules Verne ou encore un roman magnifique de jeunesse. 

En faisant cette découverte, je m’aperçus qu’un métier n’est pas des vacances, mais qu’il fallait travailler dur pour gagner son pain ; je résolus alors de choisir un autre métier. Celui de libraire me séduisit beaucoup. C’était épatant, je vendrais des livres aux écoliers et aux gens. Je ferais aussi un abonnement de livres et les personnes viendraient échanger leurs livres à la bibliothèque. Au début de l’année scolaire, les élèves m’achèteraient des livres, des trousses, des plumes, etc. De temps en temps ils viendraient chercher des bonbons. »


Gaston Bachelard, La Terre et les rêveries du repos. Essai sur les images de l’intimité, José Corti, Paris, 1948. Retranscription intégrale du devoir d’un écolier parisien de 12 ans qui lui avait été transmis par « M. Renauld, professeur au lycée Charlemagne ». Le sujet imposé était : « Que voudriez-vous être plus tard ? Et quelles en sont vos raisons ? »

samedi 2 novembre 2013

23

La route imperceptible
territoire ouvert
je reste interdite tu avances
sans rien à quoi te raccrocher ou
rejeter
les sentiments ne conviennent plus
à une chambre fermée
lorsqu'ils prennent 
leurs distances
je suis sans défense mais
échos d'une phrase que tu pourrais avoir dite
si tu
acceptes
l'espace se confond
la chambre c'est là
c'est
juste là


Rosmarie Waldrop, Comme si nous n'avions pas besoin de parler, Harpo &

vendredi 1 novembre 2013


éveiller sa vigueur
se garder de moisir


tourner
tourner
et s'élancer
à la papa


et les jours tranquilles
à sucer des bonbons
quality street


à rebours la cabriole
la chandelle qui foire
le retour au pays


Jean-Pierre Ostende, Les  Élans minuscules, Unes, 1986